Docteur Yatabary Aicha : « Les bonnes pratiques alimentaires pendant le jeûne du ramadan ! »

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Nous sommes à la veille du ramadan, le mois de jeûne musulman. Durant cette période, les musulmans se privent de nourriture du lever au coucher du soleil. Comment aborder  ce mois de pénitence dans les meilleures conditions ? Quel est le meilleur régime alimentaire à adopter ? Quelles sont les avantages qu’on peut en tirer sur le plan de la santé ? Pour répondre à ces questions et à bien d’autres, nous avons rencontré le docteur Aïcha Yatabary, médecin, spécialiste en Santé Publique.

Docteur Aicha Yatabary.

Quels sont les effets du jeûne sur l’organisme ? Y a-t-il un bénéfice pour la santé?

Question intéressante car on a observé que même l’animal malade observe le jeûne. Il faut dire tout d’abord qu’il y a eu des publications, de chercheurs de l’université de Californie du sud, de l’Institut national du vieillissement de Baltimore, dans des revues scientifiques de référence au sujet des bienfaits du jeûne pour l’organisme humain, en plus des connaissances empiriques (basées sur l’expérience, l’observation, ndlr). Les résultats observés sur les souris (au stade expérimental, réalisé avant les essais cliniques avec les êtres humains) et même sur les êtres humains, sont entre autres : une forte diminution de la survenue de maladies comme le cancer, les maladies cardiovasculaires, le ralentissement du vieillissement. On a noté aussi une forte stimulation du système immunitaire, ainsi qu’une augmentation des fonctions cognitives (processus mentaux liés à la connaissance, ndlr).

A ce sujet, le chercheur Yoshinori Ohsumi a obtenu le prix Nobel de Médecine en 2016 pour ses remarquables travaux sur les mécanismes de l’autophagie, mécanisme crucial pour comprendre le renouvellement des cellules et la réponse du corps à la faim et aux infections. En effet, il a démontré qu’une cellule s’autodigère, voire s’autodétruit, pour protéger l’organisme en cas de privation de nourriture, compensant le manque d’énergie par la « digestion » des cellules endommagées, en produisant alors une source d’énergie pour le corps et le remplacement de celles-ci par des cellules saines dès la rupture du jeûne. On peut donc dire que le jeûne permet une véritable régénération des cellules du corps.

Quelles sont les précautions à prendre avant d’entamer une longue période de jeûne ?

Le jeûne doit être dirigé. Il est bon de faire un bilan de santé à la recherche de maladies qui exempteraient du jeûne.

Quelles sont les maladies incompatibles avec le jeûne, justement ?

Permettez que je donne une réponse globale en tant que médecin et musulmane. Car les deux ne sont pas en contradiction, bien au contraire. Il y a des personnes chez qui le jeûne est contre-indiqué : les personnes très âgées et celles qui souffrent de pathologies rénales, certaines pathologies digestives (Ulcère gastroduodénal par exemple) ou métaboliques (Hypertension artérielle, Diabète de type I en guise d’exemple exemple), les femmes enceintes, les femmes allaitantes. Précisons que le diabète de type II n’est pas une contre-indication à la pratique du ramadan s’il n’est pas déséquilibré (si le patient prend bien ses médicaments et que la glycémie est stable).

Les voyageurs sont excusés pour des raisons pratiques. Les enfants sont dispensés jusqu’à la puberté. Les personnes ne disposant pas de toutes leurs facultés mentales le sont aussi. Précisons que la religion musulmane permet aux personnes qui ne souffrent pas de maladies chroniques (en parlant de maladies chroniques, je fais allusion à l’HTA, au diabète de type I par exemple) de rattraper les jours de jeûne manqués dès que leur santé le leur permet, avant le mois de Ramadan suivant. Ainsi, les femmes enceintes ou allaitantes peuvent le faire dès qu’elles ne sont plus dans cet état. Quant aux personnes souffrant de pathologies chroniques comme celles que j’ai citées, ainsi qu’aux personnes âgées, elles peuvent compenser le jeûne manqué en faisant l’aumône si leurs moyens le leurs permettent : en offrant un repas par jour durant le mois de Ramadan à une personne vulnérable économiquement.

Quelles peuvent être les conséquences des excès que l’on observe parfois au cours de la rupture ?

Les excès exposent à la surcharge calorique et à l’hyperglycémie. L’excès de cholestérol entraîne l’augmentation du risque de survenue de maladies cardio-vasculaires.

Côté alimentation, qu’est-ce qui est conseillé ?

Pour la rupture du jeune, un verre d’eau et quelques dattes sont les bienvenus. On peut aussi prendre une boisson citronnée comme le kinkéliba (précaution en cas de faible tension artérielle), du thé vert au citron. Certains prennent aussi de la bouillie de mil et des galettes de mil ou d’autres céréales. Cela est tout à fait convenable. Il faut éviter les sucres rapides en excès. Par sucres rapides, j’entends le sucre en poudre ou en carreaux, les pâtisseries, les jus, etc. On peut en prendre juste un peu et c’est tout pour éviter justement les risques d’hyperglycémie. Ensuite, le deuxième repas du soir peut être constitué de volaille, ou de viande rouge, de poisson, de préférence en soupe ou dans des plats légers. Pourquoi pas le fonio, le placali ou le tô ? Il faut éviter de consommer lourd le soir. Eviter aussi trop de fritures et l’excès de graisse (viande trop grasse, beurre, etc.). Les fruits et les légumes sont aussi les bienvenus à ce moment-là. De même que le dèguè.

En ce qui concerne le repas de l’aube, c’est le repas le plus important de la journée. Il est recommandé de prendre des sucres lents au cours de celui-ci (petits pois, lentilles, tô, bouillie de mil ou de maïs, riz, pain, tubercules). La viande est aussi recommandée à ce moment. On peut également prendre des dattes, des fruits, du lait. Attention, pas tout à la fois ! Evitez le café et préférez le thé. N’oubliez surtout pas de boire de l’eau à l’occasion de ce repas, mais pas trop non plus. Eviter les aliments qui donnent soif, comme la patate. Une astuce est de se coucher juste après avoir pris le repas de l’aube (après la prière) car la digestion ne se fait pas à ce moment-là. Cela permet de gagner trois ou quatre heures en termes d’énergie. Cela permet aussi de bien gérer son temps de sommeil.

D’autres recommandations pour terminer ?

Il faut faire attention au risque de déshydratation pendant la journée quand il fait très chaud en évitant les efforts intenses. Eviter aussi de trop parler pour ne pas épuiser ses réserves d’énergie. Se laver plusieurs fois si on a trop chaud. Profiter des heures de pause pour se mettre au calme et se reposer. Il est important aussi de bien gérer son temps de sommeil et ne pas s’attarder devant la télé ou dans les causeries inutiles. Cela permet d’éviter les baisses de rendement au travail ou les accidents de circulation par inattention, si vous conduisez.