Déborah Bénédicte N’Cho, 25 ans et chef d’entreprise : « Pour que les populations consomment local, nous devons miser sur la performance ! »

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Déborah Bénédicte N’Cho est une jeune fille de 25 ans titulaire d’un master en finance et gestion des entreprises de l’institut Britannique de management et de technologie d’ABIDJAN. Elle est la directrice-fondatrice de DEBNJO ENTERPRISES, spécialisée dans la fabrication de chaussures.  

Racontez-nous l’histoire de DEBNJO Entreprises !

DEBNJO Entreprises est née d’une frustration (ndlr, rire). En effet compte tenu de ma pointure, le 36 qui n’est pas commune pour une personne adulte, j’avais beaucoup de difficultés à trouver comme mes amies des chaussures à mon goût et de mon âge. C’est ainsi que m’est venue l’idée, voire l’obligation de faire fabriquer mes chaussures par une connaissance qui était cordonnier. Au fil du temps il faut dire que ces modèles que je créais, faisais confectionner et portais, plaisaient à beaucoup de personnes de mon entourage qui cherchaient souvent à en avoir aussi. C’est de là qu’est venue l’idée de faire de cela un business. En plus,  je suis une personne qui a toujours aimé passionnément les chaussures car je me suis toujours dit, qu’une belle et bonne paire  peut rehausser n’importe quel vêtement. Mes motivations sont multiples, mais les principales sont :Le plaisir de satisfaire d’autres personnes que moi, faire de ma passion mon métier, être une femme jeune et à l’allure fragile dans un métier censé être réservé aux hommes, entre autres !

Comment et où avez-vous appris la cordonnerie ?

La cordonnerie n’est pas à la base mon métier. Cependant, quand je me suis lancée dans cette aventure, j’ai donné de mon temps pour apprendre auprès de ce cordonnier–ami avec lequel j’ai fait mes premiers pas. Par la suite et jusqu’ aujourd’hui, je continue de me documenter et d’apprendre quelques techniques via des tutoriels et des forums de formation en ligne. J’envisage dès que j’en aurai les moyens de faire une formation qualifiante en France.

Racontez-nous vos débuts comme entrepreneure !

Les débuts ont été très difficiles et j’en garde encore des séquelles qui finiront par s’effacer avec le temps. J’ai été confrontée à des difficultés de plusieurs ordres : Humain d’abord: j’ai été victime de l’abandon du seul cordonnier qui était membre de mon équipe et qui a estimé que son talent valait plus que ce que je pouvais lui offrir, et ce en pleine préparation de sortie de collection. Après cette épreuve j’ai pu grâce à l’aide de Dieu remettre la machine en marche mais se sont posés d’autres difficultés d’ordre humain à travers le temps. Mais ça va mieux aujourd’hui : la complexité de la nature humaine étant un peu mieux cernée à mon niveau.

Socio-commercial ensuite : en effet à ce niveau il faut dire que faire accepter une femme dans la cordonnerie, tout comme faire vendre des produits made in Côte d’ivoire dans ce pays habitué à la consommation des produits importés et ou l’on pense que nous ne sommes pas capables de donner ce que nous donnent les autres continents n’a pas été un exercice facile. D’ailleurs, nous menons encore ce combat.

Enfin, familial : il faut dire que je n’ai pas beaucoup eu le soutien de ma famille au départ. Mon père en particulier n’y croyait non seulement pas, mais ne voulait pas de cette carrière pour moi. Je crois d’ailleurs que ça n’a pas encore changé mais qu’il essaie de comprendre et d’accepter.

Et au niveau financier ?

Ce n’est pas facile, en effet, d’acquérir des fonds pour atteindre les objectifs fixés et vivre ce rêve. Un combat dans lequel je suis toujours. Mais je pense que les mois à venir seront radieux.

Qu’est-ce que cela fait d’être chef d’entreprise à 25 ans ?

Je serais tentée de dire qu’on ne se sent pas si différent quand on regarde au poids des épreuves. Mais il faut admettre qu’il y a une pointe de fierté de réussir ce que beaucoup redoutent et d’être un modèle pour certains, et aussi une pointe de reconnaissance à DIEU car y arriver n’est pas forcément une évidence.

Vous avez aussi reçu des prix, par rapport à votre travail…

En effet le 10 février dernier j’ai été lauréates, puis gagnante du 3ième prix pour entrepreneuriat  jeune BJKD. Si je puis me permettre, je tiens encore à remercier Madame DIAGOU pour cette initiative. Pour ma part, remporter ce prix a été non seulement réconfortant mais surtout salutaire et vital pour l’existence de mon entreprise car au moment de remporter ce prix j’étais sur le point d’abandonner l’initiative par manque de moyens financiers.

Présentez-nous vos produits !

Les produits que l’on trouve chez DEBNJO sont  des sandales, des nu-pieds, et quelques rares chaussures de ville pour hommes, femmes et enfants en cuir, textiles, et tout autre matériau capable d’être transformé à ces fins. Mais aussi des articles ethniques : chaussures, sacs, accessoires en pagne, etc. D’autres projets pour la diversification sont en cours et nous vous les ferons bientôt découvrir.

Est-ce que vos produits peuvent valablement concurrencer les grandes marques ?

Nos produits ont la capacité de concurrencer les grandes marques et même d’en surpasser certaines. Il faut cependant reconnaitre humblement que pour y arriver, il faut beaucoup de travail, de courage, de motivation, de  compétences et perfectionnement  techniques et de moyens financiers.

Comment, selon vous, amener les Ivoiriens à consommer local ?

L’engouement à consommer local gagne de plus en plus la population ivoirienne en particulier, et africaine en générale, à mon avis. Je pense que ce qui pourra décupler cette tendance, c’est que nous promoteurs de ce concept soyons persévérants et aussi performants que la concurrence étrangère.